Le cheval n’est pas un animal comme les autres. Il est la monture, le véhicule, celui qui nous porte plus loin, et son destin est inséparable de l’homme. On dit d’ailleurs que c’est la conquête la plus noble de l’homme, mais il n’en reste pas moins sauvage. Il y a entre l’homme et le cheval un dialogue particulier, source de paix et de conflit, comme celle entre le psychique et le mental. Le cheval est à la fois ombre et lumière, comme le démontrent les nombreuses symboliques du cheval à travers les âges et les civilisations.

Le cheval, animal des ténèbres

Chez les chamans d’Asie centrale, le cheval est familier des ténèbres, c’est lui qui peut guider le cavalier en pleine nuit. Il exerce alors des fonctions de guide et d’intercesseur entre l’homme et le monde de la nuit, ou le monde des morts. C’est ce que l’on appelle une psychopompe. Sa capacité à accéder au monde du dessous, le monde chthonien (à l’intérieur de la terre), lui vaut d’être présent lors du dernier voyage des défunts. An Asie centrale, la selle et le cheval du mort sont déposés à côté du cadavre pour l’accompagner dans le monde des morts. Il est aussi très présent lors des rites chamaniques. Le tambour rituel est ainsi souvent tendu de peau de cheval. Pour se rendre dans l’autre monde, les chamans utilisent une canne-cheval, qui peut faire penser un peu au balai des sorcières.

The four horses of Apocalypse

Ce n’est pas pour rien si les cavaliers de l’apocalypse sont représentés se lançant à l’attaque sur quatre chevaux de couleurs différentes. Le cheval noir amène la stérilité des terres et l’amaigrissement des bêtes et des hommes (famine), le cheval rouge le conflit entre les peuples (guerre), le cheval pâle la mort, et le cheval blanc, le seul à avoir une connotation positive, la conquête du monde (certains voient dans le cavalier montant ce cheval blanc une symbolique du christ).

Le cheval, animal solaire

Mais les chevaux sont aussi présents dans le monde du dessus, en tant que coursiers solaires. Dans toutes les religions, on trouve un char solaire tiré par des chevaux, de la préhistoire (où il utilisé pour simuler le déplacement du soleil), dans la mythologie grecque avec le char d’Apollon, dans la bible où il est fait mention du char du soleil, ou enfin le char du Pharaon englouti par la mer rouge.

Phateon sun horses

C’est le cheval blanc qui porte le Christ, la monture du Bouddha pour le Grand Départ, celui sur lequel est attendu le prophète Mohammed. En bref, le cheval blanc domine la symbolique de la majesté, la monture des héros, des saints et des conquérants spirituels.

Le cheval, un passager initiatique de la terre au cieux

On le voit donc bien, le cheval est tout sauf neutre. Il apparaît à la fois lorsque les forces du monde du dessous (ténèbres, mort, ombre, le monde chthonien) entrent en jeu, mais aussi lorsqu’il s’agit de donner vie au monde du dessus, celui des dieux et du solaire (monde ouranien). C’est grâce à cette dualité, à cette capacité qu’a le cheval d’être à la fois solaire et ténébreux, dompté et sauvage, qu’on le trouve impliqué dans de nombreux rites de passage.

Ainsi, le cheval est souvent présent dans les rites d’initiation, comme dans le vaudou haïtien, en Afrique ou en Asie mineure. Dans les anciennes traditions chinoises, les néophytes étaient appelées “jeunes chevaux”. Dans ces rites de passage, il y a alors renversement des rôles entre le cheval et le cavalier. L’homme, possédé par les dieux, devient cheval, et se retrouve chevauché par les esprits. Ainsi, grâce au cheval, un transfert s’opère entre le monde du dessous (chthonien) et le monde du dessus (ouranien).

Pegase Garnier Palace

On retrouve cette sublimation entre le ciel et la terre dans le mythe de Pégase. Pégase, cheval ailé, est né de la terre, soit des amours de Poséidon et de la Gorgone, soit du sang de la Gorgone versé sur la terre. Quoi qu’il en soit, c’est un animal issu du monde de la terre. Mais Pégase porte sa foudre à Zeus, faisant de lui un animal céleste. Il est passé de la terre au ciel, c’est la sublimation de l’instinct terrestre en Sage initié.

Le cheval, manifestation de vie et des forces naturelles

Ainsi le cheval est un animal archétypique très puissant, qui manifeste la vie et sa continuité au delà de notre mort puisqu’il est à l’aise à la fois dans le monde du dessous et celui du dessus. Dans les rêves et comme animal totem, il représente tout ce qui est lié à un élan de vie, que ce soit:

  • la liberté
  • l’impétuosité du désir
  • la libido
  • l’énergie animale
  • l’instinct
  • la motivation de vivre
  • les forces impulsives et imaginatives

Marly Le Louvre

Toutes ces forces naturelles sont puissantes et demandent à être maîtrisées. Perchés sur leur monture, les cavaliers se doivent de composer avec leur énergie palpitante et leur moi animal. C’est là toute la dialectique du cheval. Trop sauvage, il ne peut être monté, encore moins guidé, et devient incontrôlable. Trop contraint ou captif, il représente des instincts bridés. Ainsi, la symbolique d’un cheval sera fortement influencée par la façon dont il est représenté.

Dans la mythologie grecque, Poséidon, dieu de la mer et de la terre tremblante, a donné le cheval à l’humanité, mais c’est Athéna, déesse de la sagesse, qui nous a donné les rênes. Avec ces deux présents, nous avons pu nous transcender en attelant la puissance du cheval à nos efforts. Avec lui, nous nous associons à une puissance capable de “faire jaillir des sources d’eau vivante d’un coup de sabot, de déployer des ailes pour s’élever dans le ciel, de traîner le soleil à travers les cieux, ou d’inspirer la terreur, chevauché par les quatre cavaliers de l’apocalypse.” (le livre des symboles, Éditions Taschen, p 314).

Le cheval et son cavalier, une symbolique des sens et de l’esprit

Selon le psychologue Carl Jung, les chevaux symbolisent les forces naturelles maîtrisées par les êtres humains, et cet équilibre entre maîtrise et liberté se retrouve aussi au niveau de nos sens et de nos sentiments, en face de notre mental.

Dans les textes bouddhiques, ceux de l’Inde ou dans la Grèce de Platon, les chevaux symbolisent les sens attelés au char de l’esprit. Quant au maître du char, il représente le Soi, celui qui va faire la part des choses entre le mental et les sensations.

Cette même idée se retrouve dans le yoga. On compare alors souvent le corps au cheval et l’esprit au cavalier. Si les deux ne sont pas en accord, le corps s’essouffle, se fatigue, le mental ne suit plus et est désordonné. Tout l’art du yoga consiste à entamer un dialogue entre le mental et le corps, entre le cavalier et le cheval. Au lieu de dompter brutalement, l’homme habile préfère la diplomatie à la guerre, il compose avec son cheval, le caresse, le nourrit bien, lui murmure à l’oreille et exige de lui un travail modéré, tout en lui expliquant qu’un minimum d’exercice lui sera bénéfique.

Il en est de même avec nos sentiments, ainsi qu’avec nos pulsions de vie. Tout l’art de vivre consiste à laisser s’exprimer ce qui a besoin de s’exprimer tout en ne perdant pas le contrôle.

Exercice de visualisation sur le thème du cheval

Un art délicat que je vous propose d’explorer par un exercice de visualisation. Un exercice que vous pouvez faire lorsque vous vous sentez bloquées, avec des sentiments qui n’arrivent pas à s’exprimer ou à “sortir”.

  • Mettez vous confortablement dans un endroit où vous ne serez pas dérangée pendant les dix prochaines minutes.
  • Prenez trois grandes inspirations et connectez vous avec le sentiment qui semble le plus présent en vous, à cet instant précis, ou qui vous pose problème. Ça peut être la colère, l’envie, la tristesse ou si tout va bien la joie ou la plénitude.
  • Fermez les yeux et imaginez un cheval qui représente ce sentiment. Décrivez-le le plus précisément possible. De quelle couleur est-il? A-t-il une longue crinière? Est-il râblé ou au contraire élancé? En train de courir? Se trouve-t-il dans l’eau ou dans une plaine? etc.
  • Restez pendant deux minutes en contact avec le cheval et regardez-le évoluer. Notez son rythme, ses mouvements. Il est peut-être fougueux et impatient, ou au contraire calme et au petit trot. Par exemple, si vous êtes en colère, vous allez probablement avoir devant vos yeux un cheval énervé, au triple galop, ou ayant de l’écume sortant des naseaux.
  • Approchez-vous de lui doucement, jusqu’à ce qui semble possible pour vous. Dans l’exemple de la colère, si le cheval rue, ne vous précipitez pas sous ses sabots mais approchez vous à quelques pas de lui.
  • Parlez lui de votre sentiment, et des diverses sensations que cela vous fait. Essayez de l’apaiser en lui chuchotant à l’oreille s’il est énervé ou trop fougueux. Montez dessus s’il est calme et que vous avez envie de partir en ballade avec lui. L’idée est de l’apprivoiser et d’en faire un compagnon de route. C’est à vous de savoir ce que cela veut dire pour vous.
  • Après quelques minutes, dites lui au revoir de la façon dont vous voulez et ouvrez les yeux. Vous pourrez revenir à l’image du cheval si le sentiment revient dans la journée, et parler à “votre” cheval (oui, c’est le votre maintenant!)

J’espère que cette visualisation vous permettra de vous rapprocher de votre âme sauvage. C’est elle, qui vous permettra de reprendre confiance en soi et d’avancer sereinement dans l’avenir. Alors, bonne route et…

Bon épanouissement!

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