Vous avez sans doute souvent entendu parler du fait que les gens intelligents partaient avec une longueur d’avance dans la vie. Est-ce vrai? Et c’est quoi au fait l’intelligence? Dans cet article, je vous propose de revenir sur ce concept clé, et vous démontrer, preuves et études à l’appui, que c’est une notion dépassée, tout au moins dans la vision la plus fréquente que nous en avons.

Le QI est en partie un concept dépassé.

Le quotient intellectuel (QI) est un concept apparu au début du vingtième siècle pour dépister et aider les élèves en difficulté.  Il s’agit d’un test psychométrique empirique, qui, corrélé avec d’autres éléments d’un examen psychologique, permet de quantifier l’intelligence abstraite. Il faut distinguer le QI classique qui peut s’élever à plus de 150 voire 200 (Goethe: 210, Einstein:160) et le QI standardisé qui s’étend sur une courbe de Gauss centrée autour de 100. Dans ce cas, à part quelques rares personnes, la majorité de la population (99.8%) a un QI se trouvant dans la gamme 55-145.

IQ distribution in the world

Maintenant, il est possible de trouver des dizaines de tests de QI sur internet réalisés en quelques minutes. Ce sont des modèles encore plus incomplets que le test standard effectué par un psychologue dans des conditions bien définies et englobant d’autres éléments de la personnalité de l’individu.

On ne peut pas comparer les individus sur leur QI.

Le QI a été démontré être fortement relié à l’environnement de l’enfant. Cependant, beaucoup de biais entachent son utilisation. Par exemple, il n’est pas possible d’obtenir un test de QI purement aculturel. C’est à dire, que la culture jouera forcément un rôle et pourrait expliquer les différences obtenues entre différents pays.

World's children

De même, il a été démontré que le QI moyen a augmenté au cours du vingtième siècle (l’effet Flynn) pour diminuer depuis quelques dizaines d’années. Les raisons de cette tendance ne sont pas encore expliquées.

Finalement, le calcul du QI résulte dans de fortes variances, même pour un seul individu. Ces variances ne sont pas liées à des capacités cognitives mais semblent plutôt aléatoires. Au vu de toutes ces incertitudes, on ne peut donc pas utiliser le QI pour comparer des individus. 

Les personnes intelligentes sont plus facilement influencées.

Beaucoup d’études ont été réalisées afin de démontrer une relation entre l’intelligence et le succès ou le bonheur de l’individu. Voici un exemple assez surprenant, mettant en exergue les difficultés de résumer l’intelligence à un seul concept. Dans une étude réalisée par Richard West de la James Madison University et Keith Stanovich de l’Université de Toronto, les auteurs ont essayé de corréler l’intelligence aux biais que nous avons tous lorsque nous sommes soumis à des tests d’aptitude. Un exemple de biais consistait à demander si le plus grand arbre dans le monde était plus grand que X (X étant déterminé par les auteurs de l’étude) puis, à la suite, de demander à la personne d’estimer la hauteur de cet arbre.  Lorsque X était petit, l’estimation était petite, quand X était grand, l’estimation était grande, démontrant que les personnes étaient fortement influencées par la première question.

Redwood forest

Ce genre de biais est connu sous le nom de bias blind spot, en référence au point aveugle (blind spot) visuel que nous avons tous. Les personnes avec un bias blind spot élevé ont plus tendance à ignorer les conseils des autres, et bénéficieront beaucoup moins d’un entrainement pour réduire leurs autres partis pris. Or, il a été montré que les personnes considérées comme intelligentes au niveau cognitif (ce qui est mesuré par le QI) ont un bias blind spot plus élevé que les autres. En d’autres termes, l’intelligence cognitive peut augmenter des biais de raisonnement. 

Être intelligent n’amène pas forcément le bonheur.

Est-ce qu’au moins être intelligent apporte le bonheur? De nombreuses études traitent du sujet et les résultats, parfois contradictoires, sont loin de corroborer une quelconque corrélation. Une récente méta-analyse a bien confirmé que le QI permettait de prédire le succès socio-économique de la personne, mais pas plus que le statut socio-économique des parents ou les notes reçues à l’école (Stenze, 2007). Dans leur article très complet, Ruut Veenhoven et Yowon Choi décryptent plusieurs études et en analysent les résultats de façon comparée. Aucun lien ne peut être trouvé entre intelligence et bonheur au niveau personnel. En effet, l’intelligence peut donner les moyens ou le potentiel à une personne pour se réaliser. Mais il est aussi vrai que les personnes à haute intelligence sont plus exigeantes envers elles-même et envers leurs accomplissements.

Par contre, si l’on regarde au niveau des nations, une intelligence commune élevée est corrélée à un niveau de bonheur élevé. Qu’est ce que cela nous apprend? Que le bonheur est avant tout en relation avec l’intelligence collective.

Il existe une très large palette d’intelligences.

C’est Howard Gardner qui propose la théorie de l’intelligence multiple en 1983 pour la première fois, puis l’enrichit en 1993. Selon lui, il existe neuf types d’intelligence:

  • Linguistique: capacité à utiliser et à comprendre les mots et les nuances de sens. Les écrivains, les poètes, les traducteurs, les interprètes ont cette intelligence particulièrement développée.
  • Musicale: aptitude à percevoir et créer des rythmes et des mélodies. Les musiciens, compositeurs, chanteurs ont ce type d’intelligence.
  • Logico-mathématique: permet de résoudre des problèmes abstraits ou logiques, d’analyser les causes et conséquences d’un phénomène ou d’une action. C’est particulièrement cette intelligence là qui est testée dans le QI. On la retrouve chez les scientifiques, les hommes et femmes d’affaire, et en médecine.
  • Spatiale: capacité à s’orienter dans l’espace, établir des relations entre objets, trouver son chemin dans un environnement donné. Elle est utile pour les chauffeurs de taxi, les architectes, certains mathématiciens ou les joueurs d’échecs.
  • Kinesthésique: aptitude à contrôler finement son corps dans la danse ou le sport. Elle permet aussi de traduire une idée ou un sentiment par le biais du corps. Ce sont les sportifs, les chirurgiens, les artisans qui contrôlent particulièrement bien cette aptitude, notamment à force d’exercices répétés et intensifs.
  • Intrapersonnelle: c’est la capacité que l’on a de se représenter correctement, avec une échelle de valeurs et des compétences, et de les utiliser efficacement dans sa vie. C’est aussi l’aptitude à savoir reconnaître ses émotions, à la décrypter et à les intégrer dans un développement de soi qui prend aussi en compte l’introspection et l’ouverture au monde. Elle est particulièrement développée chez les psychologues, les métiers de conseil et de coaching, ou en psychiatrie. N’hésitez pas à télécharger gratuitement mon guide pour croire en soi, il vous donnera des pistes intéressantes pour développer cette capacité.
  • Sociale: ou interpersonnelle, c’est la capacité que nous avons à communiquer avec les autres, de les écouter, les comprendre et d’agir avec les autres de façon adaptée et bienveillante. Elle est particulièrement présente chez les personnes ayant de l’empathie, ce qui fait d’elles des bons leaders, de bon enseignants ou de bons thérapeutes.
  • Naturaliste: le talent pour se sentir relié à son environnement, à la nature et au vivant. C’est une aptitude particulièrement développée chez les zoologues, les naturalistes, les jardiniers ou chez les archéologues.
  • Existentielle: l’aptitude à se sentir relié à l’univers et à y trouver une force spirituelle pour avancer. C’est la capacité à s’interroger sur le monde qui nous entoure et à chercher ses origines, le sens de sa vie, le sens de la vie.

Nous pourrions ajouter l’intelligence morale, l’intelligence émotionnelle mise en exergue par Daniel Goleman  avec le quotient émotionnel (QE) ou l’intelligence motivationnelle popularisée par David Lefrançois, l’intelligence commerciale, l’intelligence décisionnelle, etc. Comme tous ces exemples le montrent, il est vain de vouloir quantifier l’intelligence par une seule valeur, car c’est un concept aussi vaste et mosaïque que notre cerveau.

Être intelligent, c’est être flexible et ouvert.

Cela rejoint l’opinion de David Wechsler, un psychologue américain dont les tests d’intelligence sont maintenant utilisés en lieu et place du QI. Il considère en effet que l’intelligence n’est pas une capacité unique, mais bien un agrégat de plusieurs traits humains, qui se définissent par une capacité d’agir avec intention, rationnellement, et d’influencer notre environnement.

S’il y a donc une seule conclusion à retenir, ce serait celle-ci: n’essayez pas de développer votre intelligence, mais votre flexibilité à penser et à agir dans votre environnement de manière bienveillante et responsable. Pour cela, je vous invite à méditer sur cette belle citation du psychologue suisse Jean Piaget, dont les travaux sur l’intelligence ont permit de faire des avancées considérables dans le domaine de la psychologie du développement:

L’intelligence ce n’est pas ce que l’on sait, mais ce que l’on fait quand on ne sait pas.

Il est donc important de comprendre que l’intelligence est essentiellement dynamique et varie avec le degré de développement de l’individu dans ses différents domaines de vie et dans ses différents besoins. À méditer… avec intelligence.

Bon épanouissement!

Claire

Pour aller plus loin:

West RF, Meserve RJ, Stanovich KE., “Cognitive sophistication does not attenuate the bias blind spot.” J Pers Soc Psychol. 2012 Sep;103(3):506-19

Daniel Goleman, L’intelligence émotionnelle : Intégrale, Éditions J’ai lu, 2014.

Le guide Croire en Soi que vous pouvez télécharger GRATUITEMENT:


    2 replies to "Pourquoi je ne crois pas en l’intelligence"

    • Rachida

      Salut Claire, merci beaucoup pour cet article très complet. Je pense aussi que le QI est has been. Je me demande si le fait qu’il diminue depuis une dizaine d’années, ça n’est pas du à l’assistance permanente que nous avons dans nos sociétés. Je pense par exemple au smartphone qui est devenu une extension de notre cerveau. Encore merci pour ce super article. Gros bisous. Rachida

    • Claire

      Bonjour Rachida, merci de ce commentaire! Effectivement, je pense que nous n’avons plus autant l’occasion de réfléchir par nous même et utilisons toutes sortes d’outils qui font le travail à notre place. C’est dommage et inquiétant… Peut-être allons nous trouver une autre façon de nous réaliser, mais cela demande un long chemin… Grosses bises! Claire

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